16 septembre 2008
Onirisme
Je suis un grand fan de l'oeuvre d'H P Lovecraft et j'ai écris plusieurs textes proches de l’univers de cet écrivain que j’apprécie particulièrement. Voici donc un voyage onirique par delà le mur du sommeil dans des contrées inaccessibles au commun des mortels ou l’étrange se mêle à l’indicible.
Onirisme
Je marchais depuis un temps indéterminé sur ce sentier étroit qui serpentait entre d’immenses troncs d’arbres fossilisés s’élevant à des hauteurs vertigineuses. Leur surface grise et d’aspect rugueux était parfois parcouru d’une sorte de frémissement, comme si quelques parcelles de vie habitaient encore ces géants retournés depuis longtemps à l’état minéral. J’évitais autant que possible de les toucher et je pressais le pas, espérant sortir au plus vite de cette forêt pétrifiée qui commençait à me rendre mal à l’aise. A plusieurs reprises j’eus le sentiment étrange d’être observé, épié par quelque chose qui me suivait et qui se glissait subrepticement derrière les hauts cylindres de pierre à chaque fois que je regardais en arrière. Peu à peu ce sentiment se transforma en peur puis en panique et je me mis à courir sans me retourner, suivant autant que possible l’étroit sentier. Les troncs défilaient à vive allure et je sentis mon cœur cogner à m’en faire exploser la poitrine. Le souffle vint à me manquer et j’ouvris grand la bouche, cherchant dans un futile effort à aspirer la moindre bouffée d’air. Un voile noir obscurcit un instant ma vision et je sentis les muscles des mes jambes commencer à se tétaniser sous l’effort de cette course effrénée. Au moment même ou je croyais définitivement succomber une lumière éblouissante m’aveugla un court instant. C’est ce moment que choisirent mes jambes pour flancher. Emporté par mon élan, je fis un roulé boulé et je m’étendis de tout mon long face contre terre avant de perdre connaissance.
Une douce sensation de chaleur me fit reprendre conscience et je me réveillais allongé dans l’herbe encore humide de rosée d’une prairie verdoyante située à flanc de colline. Je me mis sur le dos et je restais là un long moment à regarder le ciel sans nuage jusqu'à ce qu’un détail surprenant me fasse me lever brusquement. Je parcourus du regard cet azur immaculé et constatais avec une certaine angoisse que quelque chose manquait cruellement. Il faisait pourtant jour mais aucun soleil ne brillait dans le ciel. Passé le choc de cette découverte je me décidais à continuer ma route. Je jetais un dernier regard en arrière, vers le haut de la colline ou se dressait la lisière de la forêt pétrifiée et je cru discerner comme une ombre furtive qui se glissa dans entre les troncs avant que je puisse en définir la forme exacte.
Malgré cette absence inexplicable de soleil, il commençait à faire chaud et j’avais très soif. Je retirais ma veste, j’ouvris le col de ma chemise et je descendis la colline en direction de ce qui semblait être un petit étang. Le paysage alentour était d’une beauté indéniable mais j’y décelais comme une sorte de perversion maligne invisible au premier coup d’œil qui le rendais soudain beaucoup moins attrayant dés que je m’attardait sur les détails. L’herbe était d’un vert parfois vif et clair et l’instant suivant d’un vert blafard avec des nuances jaunâtres. Les bosquets d’arbres qui parsemaient les collines environnantes semblaient tout à fait normaux jusqu'à ce que je remarque que leur feuillage n’était en fait qu’un grouillement de formes serpentines. Et puis il y avait ce silence ! Aucuns chants d’oiseaux ni bourdonnements d’insectes, même le bruit de mes pas me parvenait étouffé à l’extrême. Tout cela devint oppressant et un profond malaise commença à s’emparer de moi.
Quand j’arrivais à proximité du petit étang je me laissais tomber à genou, les bras ballants et le cœur battant la chamade. Je me penchais vers l’eau cristalline et m’apprêtais à y tremper mes mains afin de me rafraîchir, quand une forte vibration accompagnée d’un bruit sourd fit trembler le sol et provoqua une série de vaguelettes sur le plan d’eau. La surprise faillit me faire chuter la tête la première dans l’eau. Le phénomène se reproduisit une seconde fois, puis une troisième et cela devint comme un puissant martèlement régulier et de plus en plus intense. Je me relevais précipitamment et j’aperçus au loin, derrière la ligne de crête d’une série de colline, une ombre gigantesque aux formes changeantes. Elle avançait au rythme des martèlements et j’en déduis avec horreur que ce devait être le bruit des ses pas. Je vis des silhouettes incertaines quitter l’abri des bosquets au loin et se diriger rapidement dans ma direction, comme chassés par ce qui approchait. Je me retournais et je me mis à courir, oubliant ma fatigue et ma soif, ne pensant qu’à une chose, fuir.
Je contournais rapidement l’étang et je gravis la petite colline qui le dominait. A mi-chemin du sommet j’aperçus une cavité sur ma gauche et au mépris de tout autre danger que celui qui se trouvait derrière moi, je m’y précipitais dans l’espoir de trouver un abri sur. Je m’y engouffrais mais je restais à proximité de l’entrée, derrière une grosse pierre, ne voulant pas tomber sur quelque autre horreur tapie au fond de cette petite grotte. A l’extérieur le bruit se rapprocha et une forte odeur nauséabonde, relents fétides de matières en décomposition, me força à me couvrir le visage avec un pan de ma chemise pour ne pas suffoquer. Soudain quelques chose entra dans la grotte en poussant des petits cris plaintifs et se fondis dans l’obscurité. Je n’étais plus seul dans mon refuge, mais l’avais-je vraiment été ?
Après ce qui me sembla une éternité, la terrible abomination fini par s’éloigner et le silence revint, plus oppressant que jamais. Je restais là tremblant, scrutant fiévreusement le fond de la grotte ou l’obscurité insondable m’empêchais de voir ce qui s’y trouvait. Pourtant je me sentais observé. Par moment j’entendais une sorte de souffle irrégulier et une odeur douçâtre, indéfinissable et écœurante agressait mes narines. Je finis par me décider à bouger et je me glissais doucement vers l’ouverture, bien décidé à fuir le plus vite possible. C’est le moment que choisi l’intrus pour sortir de l’ombre. En le voyant s’avancer dans la lumière mon sang se glaça et je fut incapable de bouger, paralysé par une vague de terreur. Cela faisait la taille d’un ours grizzly, il possédait quatre énormes serres aux griffes acérées reliées par paire à ses deux membre antérieurs par de court avant-bras. Sa fourrure sombre et suintante grouillait d’une multitude de petits organismes et ses membres postérieurs semblaient étonnamment courts. Deux yeux exorbités d’un rose malsain, disposé de chaque coté d’une tête massive me fixaient de façon terrifiante, mais le pire c’était la gueule hérissée de croc. Contre toute logique anatomique, elle s’ouvrait verticalement, du sommet jusqu’à la base du crâne d’où s’écoulait une humeur bleuâtre qui se répandait en petite flaque visqueuse sur le sol.
L’horrible créature continua d'avancer vers moi, en ouvrant largement son improbable gueule et par pur réflexe de défense je tendis la main pour me protéger. La terrible mâchoire se referma sur elle dans un claquement sec et sonore, la sectionnant au niveau du poignet. Fou de douleur je retrouvais un peu d’énergie pour m’enfuir de la grotte et je descendis à toute vitesse la colline. Un faux pas me fit trébucher et je tombais en avant. La pente aidant je me mis à dévaler cul par-dessus tête jusqu’en bas et je fis un plongeon dans le petit étang dont l’eau fraîche me saisit…
Je me réveillais en criant. J’étais en sueur et empêtré dans mes draps. Dehors le soleil était déjà haut dans le ciel et ses rayons bienfaisants baignaient ma chambre dont la fenêtre était grande ouverte. Les chants des oiseaux et les odeurs printanières finirent de me réveiller et chassèrent de mon esprit les dernières bribes du cauchemar que je venais de faire. Je retombais en arrière la tête sur l’oreiller, tout prêt à prolonger un peu cette nuit agitée quand je ressentis une douleur fulgurante au bras gauche. Je poussais un hurlement d’épouvante et ma raison vacilla quand je découvris un moignon sanguinolent recouvert d’une humeur bleuâtre…
Commentaires
Cauchemardesque mais un peu trop rapide pour que l'ambiance s'installe véritablement. à retravailler.
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