Le Grimoire de Sthorm

Quelques textes personnels, quelques photos aussi et des avis sur les romans que j'ai lu. Bonne lecture et surtout n'hésitez pas à laisser des commentaires

15 septembre 2008

Une étrange découverte

Voici un texte directement inspiré de mes parties de "L'Appel de Cthulhu" , le jeu de rôle basé sur l'oeuvre de H.P. Lovecraft.

Une étrange découverte

Forêt Guyanaise - janvier 1933.

La barque avançait difficilement à cause de l’épaisse couche de plantes aquatiques qui recouvrait la surface de la rivière et l’atmosphère étouffante de la jungle tropicale rendait chaque effort pénible. A l’avant de l’embarcation l’archéologue Robert Howard, professeur à l’université Miskatonik d’Arkham et éminent spécialiste des civilisations précolombiennes, scrutait continuellement les berges, baissant parfois la tête pour éviter les nombreuses branches basses et les lianes qui descendaient  presque à fleur d’eau. A l’arrière, le capitaine Antoine Dumont, ancien officier de l’armée française et aventurier notoire, s’escrimait sur une longue perche de bois pour faire avancer la barque en pestant contre cette végétation luxuriante qui ralentissait considérablement leur progression.

Cela faisait maintenant trois jours que les deux hommes remontaient ce bras du fleuve Maroni à la recherche des vestiges d’une civilisation jusqu’alors inconnu. C’est un vieil indien de Maripasoula qui avait parlé au professeur Howard de murs et de statues au beau milieu de la forêt. Un lieu étrange et dangereux, plus ancien que la forêt elle-même, que ses semblables évitaient. Un témoignage confirmé par un ancien bagnard français rencontré en Guyane Hollandaise, qui avait traversé une sorte de temple en ruine, non loin du fleuve, en tentant de trouver un chemin pour passer la frontière, après son évasion du pénitencier de Saint-Laurent. D’après ses dires, l’endroit était infesté de nombreux insectes qui grouillaient aussi bien au sol que sur les arbres et les murs de pierre. Ses compagnons et lui ne s’étaient pas attardés dans cet endroit sinistre mais il avait appris plus tard que l’un d’eux y était retourné, motivé sans doute par la recherche de quelques hypothétiques trésors. Cela faisait maintenant une quinzaine d’années et personne ne l’avait jamais revu.

Alors qu’il observait méticuleusement la rive droite, le professeur Howard repéra l’embouchure d’un affluent en partie obstrué par la végétation. Il aida le capitaine Dumont à diriger leur barque dans cette direction et, après avoir dégagé le passage à la machette sur une dizaine de mètres, ils débouchèrent sur une partie très élargie de la rivière, formant un véritable étang circulaire de plusieurs dizaine de mètres de diamètre. A l’opposé de cette étendue d’eau, recouverte de nénuphars et éclairée par les rares rayons de soleil qui arrivaient à percer l’épaisse canopée, se dressait une stèle en forme de crane stylisé. A proximité, un escalier de pierres moussues, en partie recouvert par les racines des arbres alentours, grimpait abruptement un escarpement rocheux. Au sommet se dressait une arche colossale dont l’architecture improbable semblait défiée toutes les lois de la physique.

- Je crois que nous avons trouvé ce que nous cherchions professeur.
- En effet capitaine, c’est tout bonnement extraordinaire. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Approchons-nous.
- Regardez professeur ! On dirait que les marches bougent !
Lança le capitaine Dumont alors que l’embarcation s’avançait en direction de l’escalier.
- Mon Dieu  ! Ce ne sont pas les marches qui bougent capitaine, elles grouillent littéralement d’insectes. Ont dirait des blattes mais il y a aussi des scolopendres et sans doute des iules et des cloportes. Ils sont énormes..
- Et nombreux ! Je n’ai jamais vu une telle concentration de vermine comme celle là.
- Moi non plus capitaine, c’est assez étrange. Si nous voulons grimper la- haut il va falloir dégager le passage.
- Des torches devraient faire l’affaire, ces bestioles n’aiment pas le feu en général. Il y a du pétrole pour les lampes dans un bidon et de la toile de coton au fond du bateau. Il suffit juste de trouver quelques branches.


Les deux hommes accostèrent près de l’escalier juste sous la stèle en forme de crane et restèrent dans la barque pour confectionner une demi-douzaine de torches à l’aide de branches. Ils s’équipèrent aussi chacun d’une arme de poing, des revolvers Lebel-Mas M1892 de l’armée française apportés par le capitaine Dumont et ce dernier pris en plus un fusil de chasse et une cartouchière remplie de chevrotines. Le professeur Howard alluma une torche et la tendit à Dumont avant d’en allumer une pour lui et de prendre pied sur la berge. Il balaya le sol devant lui avec la torche pour faire refluer les insectes qui s’éloignèrent rapidement de la flamme mouvante pour se réfugier sous les pierres ou dans la végétation. Howard et Dumont entamèrent prudemment l’ascension de l’escalier aux marches rendues glissante par l’humidité ambiante. Une fois en haut ils découvrirent une vaste allée pavée de pierre aux formes géométriques irrégulières bordée de colonnes titanesque de plusieurs mètres de haut. Derrière eux, les insectes avaient repris possession de l’escalier et ils entendaient le bruit de grouillement que produisaient leurs multitudes de pattes sur la pierre humide. Le professeur Howard s’avançât en levant sa torche et s’immobilisa en regardant autour de lui, totalement subjugué par ce qu’il découvrait.

- c’est hallucinant capitaine ! c’est la première fois que je vois ce genre construction. Vous voyez ces colonnes, on dirait qu’elles ont été taillées d’un seul bloc dans la roche de cette montagne. Mais regardez ça ! c’est fascinant ! Elles sont couvertes de coquillages fossilisés comme si elles avaient séjourné il y a très longtemps au fond de l’océan. C’est absolument impensable capitaine ! La dernière fois que la mer à du recouvrir cet endroit c’était il y a quelques millions d’années et l’espèce humaine n’existait pas encore. Qui à pu bâtir cela ?
- Vous en êtes certain professeur ? Ce sont peut être tout simplement des vestiges de bas relief.
- Non ! Regarder le pied de cette colonne. C’est du corail fossilisé, et là ça m’a tout l’air d’être un essaim de moules, ça n’a rien d’une sculpture. C’est une découverte extraordinaire capitaine Dumont.
- Professeur, venez voir là, il y a un truc bizarre sous l’arche d’entrée. Regardez les insectes qui grouillent sur l’escalier, ils ne dépassent pas cette dalle de pierre, comme si une sorte de frontière invisible les empêchait de passer.
- C’est curieux en effet ! Il n’y en a plus aucun de ce coté ci alors qu’il y a quelques minutes, quand nous sommes entrés, ils recouvraient le sol au pied des premières colonnes. Allons voir plus loin, peut être trouverons-nous une explication à ce phénomène.
- Je passe devant professeur, on ne sait jamais.


Les deux hommes traversèrent l’allée des colonnes et arrivèrent devant une porte aux dimensions colossale s’ouvrant, telle une gueule béante, sur un escalier aux proportions toutes aussi gigantesques et qui s’enfonçait dans le cœur de la montagne. Après une courte discussion ils décidèrent que le capitaine Dumont descendrait le premier pour voir si les lieux étaient sur et que le professeur Howard l’attendrait en haut des marches prêt à le rejoindre à tous moments. Dumont vérifia son équipement, notamment son revolver et son fusil de chasse, et s’empara d’une torche avant de commencer prudemment la descente. Le professeur le regarda s’éloigné avec un peu d’appréhension. Il eut soudain le sentiment que quelque chose clochait, mais il chassa rapidement cette idée, la mettant sur le compte de la fatigue. Après quelques minutes il entendit la voix du capitaine Dumont légèrement étouffée par la distance.

- Ça continue à descendre professeur. Je ne sais pas jusqu’ou mais ça devient très humide et glissant.
- Voyez-vous des inscriptions, des bas reliefs ou quelque chose du genre ?
- Non, les murs et les marches sont nus à part quelques fossiles de coquillages comme sur les colonnes de l’entrée. Bon je continue.
- Faites attention à vous capitaine, soyez prudent.
- Ne vous inquiétez pas professeur, ça devrait aller.
- faite moi signe dés que je peux vous rejoindre.
- Pas de problème professeur. …… Hé ! Attendez une seconde, j’entends du bruit. Ça vient d’en bas.
- Comment ça ? Quel genre de bruit capitaine ?
- Il y a quelque chose qui se déplace vers moi. Quelque chose d’énorme..
- Je ne comprend pas ! Que racontez-vous ?
- Je vous dit qu’il y a un truc gigantesque qui monte par cet escalier
- C’est impossible capitaine, vos sens vous jouent des tours. Attendez, je viens vous rejoindre.
- Non professeur, restez la haut… Oh mon dieu !
- Que se passe t’il capitaine ? Qu’y a t’il en bas ? Répondez !


Pour toute réponse il entendit une série de courtes détonations puis deux autres plus bruyantes quelques secondes plus tard.

- Capitaine ? Capitaine, vous m’entendez ? CAPITAINE ! !
- Fuyez professeur ! Fuyez loin d’ici le plus vite poss…


La voix du capitaine Dumont se transforma alors en un cri strident ou se mêlait la douleur et la terreur. Puis ce fut le silence. Plus rien, plus un bruit pendant quelques secondes qui parurent une éternité. Howard pouvait entendre les battements de son cœur qui s’emballait dans sa poitrine. Il se mit à trembler, non pas de froid, car la chaleur était toujours aussi étouffante, mais de peur. La sueur qui coulait sur son visage lui paru glacé et il se mit à respirer de plus en plus rapidement, comme s’il manquait d’air. Soudain, le silence fut interrompu par un bruit de frottement, faible au début mais de plus en plus audible. Il eu conscience qu’une horreur indicible, surgie de la nuit des temps, s’apprêtait à fondre sur lui.

Le professeur Howard pris ses jambes à son cou et traversa l’allée bordée de colonnes en courant à toute vitesse, en proie à une panique incontrôlable. Arrivé sous l’arche de l’entrée il stoppa net en voyant que l’escalier était toujours recouvert par des milliers d’insectes. Dans sa fuite il avait laissé tombé les torches qu’il lui restait et il n’avait plus aucun moyen de repousser la vermine qui lui barrait le passage. Il se força à passer quand même, mais au moment ou il mettait le pied sur la première marche, la masse grouillante reflua vers le bas de l’escalier, comme repoussée par quelque force invisible. Il sentit dans sons dos un courant d’air aux relents fétides et entendit le bruit abject de l’abomination qui s’avançait rapidement vers lui en rampant. Tout en sachant que c’était une erreur, il se retourna et l’effroyable vision lui glaça le sang. Sous l’effet d’une frayeur intense sa vessie se vida et ses jambes se dérobèrent sous lui. Il s’écroula dans une mare d’urine et sa raison vacillante sombra définitivement, emportant son esprit dans les affres de la démence. Le cri qu’il poussa se transforma en rire hystérique et résonna longtemps dans la jungle alentour avant de s’éteindre brusquement dans un bruit d’os broyés…

Posté par Sthorm à 20:17 - Textes Fantastique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

quelques questions sur la présence et le rôle des insectes dans l'histoire mais dans l'ensemble c'est assez efficace. peut être un peu trop court quand même.

Posté par Jubal, 03 novembre 2008 à 08:03

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